Mardi 29 septembre 2026. Une semaine chargée s'ouvre pour l'économie marocaine : Bank Al-Maghrib vient de publier ses dernières projections macroéconomiques, les résultats semestriels s'enchaînent à la Bourse de Casablanca et les marchés internationaux restent dominés par un pétrole cher et des taux américains élevés. Ce brief fait le tour, en chiffres, de ce qui compte vraiment pour l'épargnant et le chef d'entreprise marocain.
La semaine en cinq chiffres
Maroc et marchés internationaux, 29 septembre 2026
Bank Al-Maghrib maintient son taux directeur à 2,25 %
À l'issue de son troisième Conseil de l'année, le mardi 22 septembre 2026, Bank Al-Maghrib a décidé de conserver son taux directeur à 2,25 %, un niveau inchangé qui prolonge la stabilité monétaire entamée après le cycle de baisse de 2025. La décision s'explique par une inflation remarquablement contenue : la Banque centrale table sur 0,7 % en 2026, avant une normalisation à 1,5 % en 2027, des niveaux largement compatibles avec son objectif.
En revanche, l'institution a revu sa trajectoire de croissance à la baisse : après 4,9 % en 2025, le PIB devrait progresser de 4,4 % en 2026, puis marquer le pas à 2,9 % en 2027, sous l'effet d'une campagne agricole moins porteuse et d'un environnement extérieur incertain. Les avoirs officiels de réserve devraient atteindre 502,8 milliards de dirhams fin 2026 et 515,3 milliards en 2027, soit environ 5,5 mois d'importations — un coussin confortable pour la parité du dirham.
Concrètement. Un taux directeur stable à 2,25 % signifie que le coût du crédit reste bas pour les ménages et les entreprises : les taux des crédits immobiliers et d'investissement ne devraient pas bouger avant la fin de l'année. C'est une bonne nouvelle pour les emprunteurs, moins pour les épargnants, dont les livrets restent peu rémunérés.
Le regard des institutions internationales
Le consensus international reste plus optimiste que la Banque centrale. La BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement) projette une croissance de 4,8 % en 2026 pour le Maroc, avant un ralentissement à 3,9 % en 2027, saluant la résilience de l'économie malgré les tensions régionales. Le FMI, lors de sa dernière mission, avait également noté un dynamisme supérieur à ses anticipations précédentes.
Côté finances publiques, le signal est positif : le déficit budgétaire continue de se résorber sur les huit premiers mois de 2026, porté par des recettes fiscales solides — une trajectoire qui soutient la crédibilité du Royaume sur les marchés de dette souveraine, à quelques semaines du dépôt du projet de loi de finances 2027.
Côté marchés internationaux : le pétrole et les taux américains dominent
Le décor mondial reste exigeant pour un pays importateur d'énergie comme le Maroc :
- Le pétrole cher. Le brut Brent pour livraison novembre évolue autour de 95 dollars le baril, un niveau soutenu par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient qui ont marqué l'année 2026 (avec, en arrière-plan, les épisodes de fermeture du détroit d'Ormuz au premier semestre). Chaque baril à 95 $ alourdit la facture énergétique nationale et pèse sur le poste « combustibles » de la balance commerciale.
- Des taux américains qui restent hauts. Le rendement du Trésor américain à 10 ans évolue autour de 4,7 %, et reste plus élevé encore sur 30 ans. Ce niveau continue d'attirer les capitaux vers les obligations américaines et complique le financement des économies émergentes.
- Un septembre nerveux à Wall Street. Historiquement maudit pour les Bourses, septembre 2026 a confirmé sa réputation : après une série de séances en baisse, Wall Street a rebondi fortement le 11 septembre, mais la volatilité demeure, les investisseurs arbitrant entre crainte d'une résurgence inflationniste (pétrole) et espoir d'assouplissement de la Fed.
- La trêve commerciale États-Unis–Chine. La trêve tarifaire entre Washington et Pékin, prolongée jusqu'à janvier 2027, maintient un climat commercial globalement apaisé — un point positif pour le commerce mondial, donc pour les exportations marocaines (automobile, textile, phosphates).
Ce que ce décor mondial signifie pour le Maroc
Le Maroc navigue dans ce contexte avec des fondamentaux relativement solides :
| Facteur international | Impact attendu sur le Maroc |
|---|---|
| Brent ≈ 95 $/baril | Facture énergétique alourdie, mais inflation contenue par les prix administrés (gaz butane, sucre) |
| Rendements US ≈ 4,7 % | Tension sur les flux vers les émergents, amortie par la résilience du dirham et les réserves |
| Croissance partners UE | Relais pour les exportations, le tourisme et les transferts des MRE |
| Trêve USA–Chine | Stabilité pour les chaînes d'approvisionnement et les investissements étrangers |
L'inflation marocaine à 0,7 %, l'une des plus faibles de la région, est le principal amortisseur : le système des prix administrés et la stabilité du dirham, adossé à un panier euro-dollar, protègent le pouvoir d'achat mieux que dans la plupart des pays voisins. En contrepartie, la facture pétrotière se lit dans le creusement de la balance commerciale, compensée en partie par les recettes voyages, les transferts des Marocains du monde entier et les exportations d'engrais.
À surveiller cette semaine
- La réaction des Bourses mondiales après les publications macroéconomiques américaines, qui orienteront les anticipations sur la prochaine décision de la Fed.
- Les publications de résultats semestriels à la Bourse de Casablanca — globalement positives jusqu'ici, elles n'ont pas encore enrayé la baisse du MASI (lire notre suivi de la clôture du lundi 28 septembre).
- Les premières mailles du projet de loi de finances 2027, dont les arbitrages sur la fiscalité et l'investissement public seront scrutés par les opérateurs économiques.
L'essentiel
Bank Al-Maghrib joue la montre : avec une inflation quasi nulle, la priorité n'est pas de resserrer la politique monétaire, mais d'accompagner une croissance qui ralentit. Le vrai défi de fin d'année se joue à l'extérieur — le prix du pétrole et les taux américains — et, en interne, dans la capacité du futur budget 2027 à soutenir l'investissement sans creuser le déficit.
Sources principales : communiqués et historique des décisions de Bank Al-Maghrib, Morocco World News, FNH et Maroc Hebdo pour les prévisions BAM, Boursenews pour le suivi des marchés.
Yassine suit la Bourse de Casablanca, les décisions de Bank Al-Maghrib et les indicateurs macroéconomiques du Maroc. Il traduit les mouvements de marché en enseignements clairs et pratiques pour les investisseurs et épargnants marocains.



