Dans son Discours du Trône du 29 juillet 2026, le Roi Mohammed VI a prononcé ce qui est sans doute l'adresse royale la plus axée sur la finance de ces dernières années. Croissance, souveraineté industrielle, accès des PME au crédit, mobilisation de l'épargne nationale : tous ces thèmes ont occupé le devant de la scène. Le message est sans ambiguïté : la finance n'est plus une fonction de soutien, elle est le moteur du Maroc émergent.
Cet article décortique chaque annonce économique et financière du discours, explique ce qui change pour les entreprises et les ménages, et renvoie à nos guides détaillés sur les réformes fiscales et réglementaires déjà en cours.
4,9 % de croissance et au-delà
Le Roi a confirmé que le PIB du Maroc a progressé d'environ 4,9 % en 2025, et qu'un taux équivalent ou supérieur est attendu pour 2026. Cette performance surpasse la plupart des économies comparables de la région MENA et s'appuie sur une combinaison de bonne campagne agricole, d'une saison touristique record et d'un investissement industriel soutenu.
« Le taux de croissance s'est situé autour de 4,9 % au titre de 2025, et il est attendu de réaliser un taux équivalent ou supérieur en 2026. »
Pour les entreprises, ce contexte de croissance signifie une demande continue, des dépenses d'infrastructure et des opportunités d'expansion, en particulier dans les secteurs que le Roi a nommés : automobile, aéronautique, énergies renouvelables, agroalimentaire et pharmaceutique.
La finance : de l'intermédiaire au partenaire du développement
La section la plus conséquente du discours pour nos lecteurs concerne le secteur financier. Le Roi a appelé les banques, les investisseurs institutionnels et les marchés de capitaux à dépasser leur rôle traditionnel d'intermédiation pour devenir des partenaires actifs du développement national. Plus précisément, il a exhorté le secteur à :
- Élargir l'accès au financement (bancaire et non bancaire) pour les petites et moyennes entreprises (PME), qui restent la colonne vertébrale de l'économie marocaine mais peinent historiquement à obtenir du crédit.
- Financer l'innovation et l'industrialisation : le Roi veut que le secteur financier accompagne les idées qui se transforment en industries, des batteries de véhicules électriques aux mégaprojets d'hydrogène vert.
- Soutenir les entreprises exportatrices : les sociétés marocaines qui s'étendent vers les marchés africains et mondiaux ont besoin de financement commercial, d'assurance-export et de solutions de fonds de roulement que le système actuel ne fournit pas toujours à grande échelle.
- Mobiliser l'épargne nationale, notamment institutionnelle (fonds de pension, réserves d'assurance), et rediriger le capital dormant vers l'investissement productif plutôt que vers des obligations d'État à faible rendement.
- Redynamiser la Bourse de Casablanca, qui a connu relativement peu d'introductions en bourse et une liquidité limitée ces dernières années. Un marché financier plus profond offrirait aux entreprises en croissance une alternative à la dette bancaire.
Ce programme se connecte directement aux réformes fiscales 2026 déjà en marche. Le système élargi de retenue à la source (RAS), le barème à deux taux d'impôt sur les sociétés (20 % / 35 %) et la convergence vers deux taux de TVA font tous partie d'une stratégie plus large visant à formaliser l'économie, élargir l'assiette fiscale et libérer des recettes publiques pour l'investissement productif.
Le Maroc : premier exportateur automobile d'Afrique
Le Roi a souligné que le Maroc est devenu le premier exportateur d'automobiles en Afrique, avec une capacité de production annuelle approchant un million de véhicules. Avec l'aéronautique, le secteur automobile représente désormais plus de 40 % des exportations totales du Maroc, dépassant pour la première fois les phosphates.
Les nouvelles étapes industrielles citées dans le discours incluent :
- Moteurs d'avion et systèmes d'atterrissage : le Maroc est entré dans le cercle restreint des pays fabriquant ces composants critiques.
- Batteries de véhicules électriques : un secteur intégré de batteries est en développement, positionnant le Maroc dans la chaîne d'approvisionnement mondiale de la transition énergétique.
- Hydrogène vert : « l'Offre Maroc hydrogène vert » est passée du concept à la mise en œuvre, avec les premières autorisations de mégaprojets déjà attribuées.
Pour les professionnels de la finance, ces secteurs représentent la prochaine vague d'opportunités en matière de crédit aux entreprises, de financement de projets et de financement de chaîne d'approvisionnement.
Tourisme record : 20 millions de visiteurs
Le secteur touristique a réalisé une performance historique en 2025, accueillant près de 20 millions de visiteurs (MRE inclus). Ce record souligne le rôle du secteur comme source majeure de devises et moteur d'emploi.
Souveraineté industrielle : 80 % d'autosuffisance
Les industries agroalimentaires et pharmaceutiques couvrent désormais environ 80 % des besoins nationaux, une étape majeure vers la souveraineté industrielle que le Roi a défendue. Une base industrielle de défense et de cybersécurité est également en cours d'installation.
Ce que cela signifie concrètement
| Secteur | Ce que change | Action pour les entreprises |
|---|---|---|
| PME | Meilleur accès au crédit bancaire et non bancaire | Préparer des dossiers financiers solides ; explorer les options marché |
| Industrie | Secteurs prioritaires : auto, aéro, batteries, hydrogène | Aligner les plans d'investissement avec les zones industrielles et incitations |
| Export | Secteur financier appelé à soutenir les exportateurs | Utiliser les instruments de financement commercial, explorer AMDIE |
| Fiscalité | Formalisation et élargissement de l'assiette continues | Assurer la conformité RAS 2026, IS, TVA |
| Épargne | Poussée pour canaliser l'épargne institutionnelle vers le productif | Surveiller les nouveaux véhicules d'investissement et réformes du marché |
| Ménages | Programmes de protection sociale et développement territorial | Investissements d'infrastructure continues dans les régions |
La transition politique
Le Roi a noté que ces acquis transcendent les mandats gouvernementaux et parlementaires et a exprimé le vœu qu'après les prochaines élections législatives et la formation d'un nouveau gouvernement, un nouveau cycle de développement s'amorce autour de la préservation des acquis et la poursuite des réformes.
Pour les investisseurs, cela signale une continuité politique : la trajectoire de réforme (élargissement de l'assiette fiscale, modernisation financière, souveraineté industrielle) se poursuivra indépendamment du résultat électoral.
Feuille de route
Le Discours du Trône 2026 dresse le portrait d'un Maroc qui :
- Grandit à près de 5 % avec une base industrielle diversifiée ;
- Réforme son système fiscal et financier pour financer cette croissance de manière domestique ;
- Se positionne comme le hub industriel et financier de l'Afrique ; et
- Appelle son secteur financier à passer d'intermédiaire à architecte.
Pour les mécanismes fiscaux précis derrière ces réformes, voir notre panorama de la RAS 2026, nos 10 exemples chiffrés et notre guide des dividendes.
Sources
- Direction Générale des Impôts (DGI) – tax.gov.ma
- Loi de Finances n° 50-25 pour 2026 – finances.gov.ma
- Code Général des Impôts 2026 – finances.gov.ma
Avertissement
Cet article analyse le Discours du Trône public du 29 juillet 2026 tel que rapporté par l'agence MAP et Médias24. Il est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil financier, en investissement ou juridique.
Marouan est spécialisé dans la fiscalité des entreprises, la TVA et la conformité réglementaire au Maroc. Il rédige des guides pratiques pour aider les entrepreneurs et les entreprises à naviguer le système fiscal marocain.



