Lundi 5 octobre 2026. La première séance de la semaine confirme ce que laissaient entrevoir les graphiques du week-end : le dirham marocain évolue à ses plus bas niveaux depuis plusieurs semaines face aux deux devises de son panier de référence. Un euro vaut 11,16 dirhams, un dollar américain 9,91 dirhams, et le fixing de Bank Al-Maghrib de ce lundi s'est établi à 0,101 dollar par dirham. Après la séance brutale de vendredi et dix séances de baisse contre le dollar, voici ce que ce mouvement veut dire, en chiffres , et pour votre portefeuille.
Le dirham ce lundi, en cinq chiffres
Taux mid-market et fixing Bank Al-Maghrib, 5 octobre 2026
Où en est le dirham après dix séances de baisse
Le glissement ne s'est pas fait en un jour. Depuis la fin septembre, le dirham a cédé du terrain presque quotidiennement face au dollar , de 9,62 MAD par dollar le 28 septembre à 9,91 aujourd'hui, soit environ -2,9 % en une semaine et -5,6 % sur un mois (le dollar est passé d'environ 9,35 dirhams début septembre à 9,91). Sur douze mois, le dirham recule de près de 8 % face au dollar et d'environ 4,5 % face à l'euro.
Contre la monnaie européenne, les dégâts sont plus récents mais nets : l'euro est passé de 10,99 MAD le 28 septembre à 11,09 lors de la séance violente de vendredi, puis à près de 11,21 samedi, avant de se stabiliser à 11,16 aujourd'hui.
Ce que 1 euro vaut en dirhams
Taux mid-market quotidien, 26 septembre – 5 octobre 2026
Ce que 1 dollar vaut en dirhams
Taux mid-market quotidien, 26 septembre – 5 octobre 2026
Pourquoi le dirham continue de glisser
Trois forces poussent dans le même sens :
- Un dollar fort. Avec le rendement du Treasury américain à 10 ans encore autour de 4,7 %, les capitaux mondiaux continuent d'affluer vers les actifs en dollars. Chaque vague de dollar fort frappe mécaniquement le dirham, le dollar pesant 40 % dans le panier de devises auquel le MAD est arrimé.
- Un différentiel de taux important. Tandis que la Fed maintient sa ligne « higher for longer », Bank Al-Maghrib a conservé son taux directeur à 2,25 % le 22 septembre (notre couverture) , le bon choix face à une inflation de 0,7 %, mais un choix qui creuse l'écart de taux et pousse le dirham vers le côté faible de sa bande.
- Une facture énergétique salée. Un Brent proche de 95 $ le baril gonfle la facture d'importations libellée en dollars et la demande de devises, au moment précis où le dirham faiblit, une boucle auto-entretenue que la banque centrale surveille de près.
Le difficile mois de septembre de la Bourse de Casablanca, la pire semaine du MASI du mois (voir notre brief) , a ajouté la pression des sorties de capitaux étrangers sur la monnaie locale.
Un glissement maîtrisé, pas une fuite
Le contexte compte : le dirham ne flotte pas librement. Il suit un panier euro-dollar (60 % euro / 40 % dollar), Bank Al-Maghrib publiant chaque jour un fixing et laissant la monnaie dériver dans une bande de fluctuation de ±3 % autour de son cours central, un dispositif élargi en mars 2020. Les dix dernières séances montrent un dirham autorisé à utiliser le côté faible de ce couloir, pas une monnaie qui s'échappe.
Le coussin est solide : les réserves officielles sont projetées à 502,8 milliards de dirhams fin 2026, soit environ 5,5 mois d'importations (les projections de la BAM). Un dirham plus faible à ce niveau est un ajustement toléré par la politique monétaire, pas un problème de crédibilité.
Ce qu'un dirham plus faible change pour vous
| Canal | Effet d'un dirham à 11,16 par euro / 9,91 par dollar |
|---|---|
| Importateurs (équipements, blé, intrants) | Les factures augmentent en dirhams ; la facture énergétique en dollars se cumule avec un Brent à 95 $ |
| Exportateurs (automobile, phosphates, textile) | Plus compétitifs à l'international ; chaque recette en devises se convertit en plus de dirhams |
| Transferts MRE (majoritairement en euros) | Chaque euro se convertit en plus de dirhams pour la famille |
| Tourisme | Les visiteurs de la zone euro reçoivent plus de dirhams par euro, le Maroc devient moins cher |
| Épargnants | Le pass-through importateur est un risque, mais l'inflation est contenue à 0,7 % (BAM) et les prix administrés (gaz butane, sucre) amortissent le choc |
En pratique. 1 000 € envoyés ou convertis aujourd'hui rapportent 11 158 dirhams, contre environ 10 990 il y a une semaine (+168 MAD) et à peu près 10 760 début septembre. Côté dollar, 1 000 $ coûtent désormais 9 913 dirhams contre 9 615 lundi dernier (+298 MAD), une vraie pression pour les entreprises qui importent en dollars.
Ce qu'il faut surveiller à partir d'ici
- Les fixings quotidiens de Bank Al-Maghrib, le rythme auquel la banque centrale laisse le dirham dériver dans sa bande en dit long sur sa stratégie de change pour le dernier trimestre.
- Les publications macro américaines et les attentes Fed, le principal moteur de la jambe dollar ; tout apaisement du régime de 4,7 % de rendement soulagerait la pression.
- La loi de finances 2027, ses mesures commerciales et d'investissement cadreront les comptes extérieurs qui ancrent in fine la monnaie (ce qu'il faut attendre).
L'essentiel
La baisse du dirham est réelle mais ordonnée : des plus bas de plusieurs semaines face à l'euro (11,16) comme au dollar (9,91), après une semaine où il a cédé environ 2,9 % et 1,6 % respectivement. Pour les exportateurs, les familles MRE et le tourisme, ce MAD plus faible est un vent portant ; pour les importateurs facturés en dollars, c'est une pression sur les marges qui arrive en plus d'un pétrole à 95 $. Avec une inflation proche de zéro et des réserves de cinq mois et demi d'importations, Bank Al-Maghrib peut laisser fonctionner la bande. La question est désormais de savoir si la Fed va enfin céder.
Yassine suit la Bourse de Casablanca, les décisions de Bank Al-Maghrib et les indicateurs macroéconomiques du Maroc. Il traduit les mouvements de marché en enseignements clairs et pratiques pour les investisseurs et épargnants marocains.



